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Séverin: en noir et blanc,… bleu, blanc et rouge!




Séverin, il nous a fait couler doux l’été avec son album L’Amour Triangulaire, sorti en digital, en juin dernier. D’abord, tu te dandines au rythme des synthés; puis fatiguée, tu te poses au bord de la piscine, toujours à dodeliner de la tête béatement. Et tu réalises alors que la même chanson qui te faisait sauter, elle est quand même pas très youpiyeah.
Séverin, c’est ça, de la pop mais pas trop acidulée. Le verbe est intelligent. Avec malice, il se joue des mots.


Et puis vous en connaissez beaucoup des chanteurs qui fassent rire sur le spleen amoureux? Séverin, il est de ceux là. Et c’est fichtrement rafraîchissant.
Du coup, je suis allée le rencontrer dans les jolis locaux de Cinq7, rire un peu et le bombarder de questions.


T’as commencé à deux, avec le groupe One-Two. Puis sur ton album Cheesecake, vous étiez à quinze, toi et quatorze femmes. Il a commencé comment le projet Séverin de L’Amour Triangulaire?


Tout seul.


Oui, mais le déclencheur?


Je crois que c’est d’avoir grandi un peu. J’avais envie d’assumer, plutôt que d’être toujours caché derrière un groupe ou avec plein de filles. J’avais envie d’être stressé mais tout seul. Tout ça, c’est lié au désir de chanter en français. De tendre vers quelque chose de plus sincère, et dans ma langue maternelle.


Tu passes donc de l’anglais au français. Souvent, c’est le contraire, il me semble. Est-ce que ça a changé ta manière de composer?


Ca change énormément. C’est beaucoup plus difficile de faire des chansons en français. L’anglais, même les natifs, ils sont moins attentifs aux textes. En français, chaque syllabe est perçue, compte. Tu ne peux pas laisser une phrase à l’abandon comme ça. Je m’attarde beaucoup plus sur les textes. Auparavant, je mettais toute mon énergie dans la musique.


Chanter dans sa langue maternelle, est-ce que ce n’est pas s’exposer davantage? T’as pas eu un souci de pudeur?


Oui mais c’est ça qui est marrant, c’est un challenge.
Il faut trouver le ton qui te ressemble. Je ne peux pas m’inventer un personnage en français. Quand t’es là en tant que chanteur, avec ton vrai nom, tu ne peux pas jouer un méchant si t’es pas méchant. Ce serait ridicule. Rien qu’avec ta gueule et la façon dont tu bouges, on va en rire.


Pour autant, on a quand même la sensation que tu déploies tout un univers autour de toi. Par le style vestimentaire; dans Cheesecake, l’homme à la période rouge. Là, tu verses dans le costume bleu. Je pense aussi à l’atmosphère de tes clips.


Ca, ça me ressemble. C’est des fantasmes aussi, le truc d’être dans la fumée. Quand je me réveille le matin, c’est sûr que c’est pas comme ça.


On a dû te le dire dix fois mais elle vient d’où cette nostalgie des années 80?


Oui, on le dit souvent. Mes références musicales françaises, elles viennent plus de cette époque là. Les années 90, je ne m’y retrouve pas trop. Sur le son, ok, y’a des synthés, ce qui sonne assez 80. Mais si tu y regardes vraiment, ça n’est pas si années 80 que ça. Oui, peut-être dans ma manière de chanter et le son. Mais c’est pas pour autant que je parle d’être dans les embruns, ce genre de trucs.


Oui, mais comme chez certaines chanteurs de l’époque, tu chantes des choses graves, sur un ton super léger. Je pense à ta chanson Caresses automatiques, bien vacharde et pourtant, à chaque fois que je l’écoute, j’ai envie de danser dessus.


Mais ça, c’est de la politesse. Je ne fais pas souvent des morceaux sombres. Je commencerai à faire de la chanson joyeuse quand je ferai de la musique dark. J’aime bien l’équilibre. Des textes joyeux sur de la musique joyeuse, ça donne un effet assez cul-cul.


L’inspiration chez toi, comment ça se passe? T’as une idée de chanson…


ô Jésus, Marie, Joseph…


(Rires) Sans déc’, tu attends d’être touché par la grâce?


Il faut que je me mette en recherche. Je suis flemmard; si je ne me mets pas en recherche, à penser, à chercher la musique, il ne se passe rien.


Pour revenir à cette histoire de nombre, t’es passé de deux, à quinze et maintenant que Séverin. Tout seul, comment tu te sens?


Je me sens très très bien. (Rires) Bon, je ne suis pas vraiment tout seul. J’ai quand même un groupe qui m’accompagne. En studio, aussi. Faire un disque vraiment tout seul, je pense que ça doit rendre un peu fou.


C’est quand même toi qui décides…


Je me suis construit le projet avec un groupe d’amis, de musiciens, avec qui je joue toujours. C’est juste moi qui donne le final cut avec Julien Delffaud avec qui je co-réalise. Bon oui, il m’appelle le Facho.


Je le savais.


C’est que j’ai des lubies, de temps en temps, sur des instruments, des trucs que je déteste.


Et la scène, tu t’y prépares comment?


Je suis en train de réaliser maintenant que l’important, c’est que ça marche sur scène. On s’en fout si ça reflète pas totalement le disque. Il faut que sur le moment, j’ai du plaisir à jouer et que les gens en aient à écouter.


Je te vois fixer l’album de Katerine depuis tout à l’heure. Tu nous prépares un show à la Katerine?


Pour cet album, j’essaie de rester hyper simple, direct, dans une énergie rock. Je serai peut-être de mieux en mieux habillé.


Tu vas quoi? mettre un costume vert?


Wow! Non, c’est le troisième album ça! (Rires) Attends, non, j’ai fait le rouge. J’ai fait le bleu. Je suis condamné à faire blanc, en fait. Le trip du drapeau français.


Encore que bleu blanc rouge, tu l’as déjà fait.


Oui, ça m’amusait qu’on utilise les trois couleurs de la République. Je trouvais ça marrant. Dans cette idée hyper frontale de faire de la musique directe, spontanée en français, je voulais utiliser les codes du bleu blanc rouge. Vu qu’en France, ça craint. C’est quelque chose qui évoque le FN ou des horreurs dans le genre. Je trouvais ça drôle.


L’album prochain, tu t’amènes en blanc alors?


En costard blanc, tu dois avoir l’air con quand même. Ou bien, je fais de la musique cubaine. (Il commence à chanter) Mais faut que j’apprenne la langue!



L’Amour Triangulaire. Séverin. Cinq7/Wagram Publishing. Sortie CD prochaine. Déjà disponible en digital.


Merci à Pauline L.!