Focus, Théâtre — 14 juillet 2012 17 h 14 min

Avignon 2012 – The Master and Margarita, du jamais vu

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Après Le Suicidé en 2011, la Russie comme symbole de la lutte contre l’oppression est encore bienvenue en Avignon. Le britannique Simon McBurney s’est emparé du chef d’œuvre de Mikhaïl Boulgakov, « Le Maître et la Marguerite », pour sublimer la Cour d’Honneur de façon monu-mentale.

Le Maître est un écrivain qui n’a pas supporté la critique littéraire moscovite, à tel point qu’il se retrouve en hôpital psychiatrique. Marguerite, celle qu’il aime, veut l’en libérer. Heureux hasard de la vie, Satan et sa suite rôdent justement dans cet empire soviétique des années trente, ils « viendront en aide » à Marguerite sans se faire prier.

Toute la pièce est jalonnée d’effets spéciaux vertigineux projetés sur les murs du Palais. A eux seuls, ils méritent le déplacement. Le Palais des Papes grandit, s’effondre, elle est le ciel de Jérusalem et de Russie. Bien heureusement, ce n’est pas la seule richesse qui découle de cette adaptation. Dès les premières minutes, les histoires croisées se chevauchent dans une ambiance étrange où chaque scène baigne dans le mystère.

McBurney réussit la prouesse virtuose de nous dépeindre une fresque romancée (et à la faire exploser !) où les époques se croisent sur le fil. Le dispositif est rendu possible par une mise en scène millimétrée, soutenue par un jeu de lumière précis. Les comédiens, tous excellents, réussissent à s’employer parfaitement au service de la furie créatrice du metteur en scène. Mention particulière pour celui qui est le Satan glacé et le Maître dépressif, Paul Rhys.

Le texte critique et révolutionnaire (largement censuré dans l’URSS de Staline), pose la question de l’autorité, de la possession du pouvoir, de l’amour entre les peuples, de la compassion. On y reflue les symboles, on bouscule les codes jusqu’à croire ouvertement en Dieu dans une Russie « communiste ». L’Hymne patriote est coupé avec des « shut up ! » hurlés par le chat du diable.

Se risquer à la comparaison avec notre époque semblerait simpliste, il est plus sage de se laisser entraîner par l’histoire, importante en son temps, où les interrogations sur la condition humaine sont récurrentes. Le professeur Woland (Satan), pose à plusieurs reprises la question, « les gens ont-ils changé ? ». Non, bien évidemment, aujourd’hui pas plus qu’hier.

« Le Maître et la Marguerite » dure trois heures (sans entracte). Quelques passages plus « psychologiques », parties intégrantes de l’action, font perdre un peu de rythme à cette création brillante. Du jamais vu en Avignon, c’est certain.

Jusqu’au 16 juillet dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes d’Avignon

Tournée : 

– Du 25 au 28 juillet au GREC de Barcelone

– Du 2 au 10 février 2013 à la MC93 de Bobigny

Mise en scène : Simon McBurney

Avec : David Annen, Thomas Arnold, Josie Daxter, Johannes Flaschberger, Tamzin Griffin, Amanda Hadingue, Richard Katz, Sinéad Matthews, Tim McMullan, Clive Mendus, Yasuyo Mochizuki, Ajay Naidu, Henry Pettigrew, Paul Rhys, Cesar Sarachu, Angus Wright.

Le Maître et Marguerite est adapté du roman de Mikhaïl Boulgakov, oeuvre posthume publiée en URSS en 1966 dans une version amputée, mais écrite entre 1928 et 1940, année de sa mort. Ce roman est disponible en Pavillon Poche chez Robert Laffont. 

 

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Hadrien VolleAuteur : Hadrien Volle (194 Posts)

Un peu, beaucoup, passionnément théâtre. Observateur de la vie, des comédiens et des oiseaux. Les feuilles mortes sont ses amies. N'aime ni ne déteste rien de ce qu'il n'a pas vu ou étudié. L'esprit d'un Saint-Thomas moderne en somme. Bonjour.

 

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