Ciné / TV, Focus — 18 août 2012 13 h 30 min

Les Enfants de Belle Ville – Dilemme sans fin

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Affiche du film

Sorti en Iran en 2004, « Les Enfants de Belle Ville » est le deuxième long métrage du réalisateur iranien Asghar Farhadi. Il a fallu attendre le 11 juillet 2012 pour le voir à l’affiche dans l’Hexagone. Le succès de son dernier long métrage « Une Séparation »(dont nous vous parlions il y a tout juste un an) a sans aucun doute été déterminant dans le choix des producteurs français d’en faire profiter le public français, même tardivement.

A l’image de ses autres longs métrages, Asghar Farhadi dépeint dans « Les Enfants de Belle Ville » un portrait de la société iranienne actuelle, souvent bien loin des clichés encore trop répandus dans le Vieux Continent européen.

Au coeur de cette nouvelle histoire, deux jeunes gens de Téhéran : Firoozeh et Ala.
Et cette nouvelle histoire de coeur est confrontée aux dures réalités de la société iranienne.

Akbar, frère de Firoozeh, vient de fêter ses 18 ans dans un centre de rétention pour mineurs, où il purge une peine de prison pour le meurtre de sa petite amie, la fille de M. Abolqasem. Funeste anniversaire s’il en est, puisque la majorité est synonyme d’éligibilité à la peine capitale. Ainsi, à peine soufflées les bougies, le voilà transféré dans un établissement pour adultes, où il attendra l’exécution de sa sentence. Son exécution.
Ala, un de ses comparses du Centre pour Mineurs s’engage alors à obtenir le retrait des poursuites du plaignant, M. Abolqasem. S’ensuit alors un chassé croisé psychologique entre Ala, Firoozeh, M. Abolqasem, sa femme, et le religieux du quartier.

Ni coupable ni victime

Cette course au pardon va faire naître un marathon amoureux entre les deux jeunes gens, à l’issue conditionnée par le destin d’Akbar.

Ce destin que l’on comprend dépendant des interprétations et des intérêts de chacun.
Le prix du sang : deux fois plus cher pour le coupable (un homme) que celui de la victime (une femme).
La force du pardon et de la miséricorde dans l’Islam. Ce pardon revient sur toutes les lèvres. Mais sous ses traits de principe inaltérable, de valeur transcendante, il cache dans la situation présente bien des bassesses de la nature humaine, la cupidité notamment.

Apparaissent alors nombre de dilemmes pour l’ensemble des personnages de ce film.
Dilemme entre amour pour une fille assassinée et amour pour une vivante.
Dilemme entre respect d’une promesse et passion amoureuse.
Dilemme entre amour conjugal et amour maternel.

La force de ce film est sans doute de ne jamais (sauf à un moment bien précis) tomber dans la facilité. De ne jamais essayer de simplifier les situations et les épreuves que la vie met en travers du chemin des personnages. Et c’est bien cette force dans le récit et dans les images que l’on a retrouvée plus récemment dans « Une Séparation ». Comme il est troublant d’ailleurs de ne pouvoir distinguer clairement le Bien du Mal.

Les grosses productions ne nous y préparent bien souvent pas. Elles préfèrent nous mâcher la réflexion, ériger des positions nettes et franches, de peur que le spectateur ne se trompe dans son jugement. Ne commette une erreur d’appréciation. Ne se range du mauvais côté.
Mais dans « Les Enfants de Belle Ville », comme dans « Une Séparation », pas de manichéisme simplificateur.

Mention spéciale

Et quitte à rapprocher « Les Enfants de Belle Ville » des autres longs métrages d’Asghar Farhadi, il me paraît nécessaire de mentionner l’excellente prestation de Taraneh Allidousti (Firoozeh). La jeune actrice iranienne s’était fait connaître du public français par son rôle d’Elly dans « A Propos d’Elly » du même réalisateur, sorti en 2009 dans les salles obscures. Elle interprète également Rouhi dans « La Fête du Feu » (toujours du même réalisateur). Dans « Les Enfants de Belle Ville », Firoozeh incarne un certaine image de la femme iranienne. Une éclaircie brille au loin dans sa condition de femme, mais un poids des traditions et de la société parfois l’écrase et la blesse.

Seul bémol, car il en faut un … le dénouement …
Je vous laisse juge !

Prochain rendez-vous pour Asghar Farhadi à l’automne prochain. Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas Téhéran, mais la France qui accueillera le tournage de son nouveau film, un « thriller social » selon son producteur français Memento Films. Dans les rôles principaux : Tahar Rahim -à l’actualité chargée en cet été 2012- et Marion Cotillard.
A suivre donc …

 

Titre original : , شهر زیبا Shahr-e ziba
Titre français : Les enfants de Belle Ville
Réalisation : Asghar Farhadi
Pays d’origine : Iran
Durée : 1h41
Sortie en Iran : 2004
Sortie en France : 11 juillet 2012

Distribution :
Taraneh Allidousti : Firoozeh
Babak Ansari : Ala
Faramarz Gharibian : Rahmati Abolqasem
Hossein Farzi-Zadeh : Akbar
Ahu Kheradmand : la femme de M. Abolqasem
Farhad Ghaiemian : Ghafouri : le propriétaire du kiosque

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Pierre JacobAuteur : Pierre Jacob (71 Posts)

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