Focus, Théâtre — 9 septembre 2012 15 h 10 min

« Six personnages en quête d’auteur » : Drame familial entre réalité et fiction

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Copyright : Elisabeth Carecchio

Créée au festival d’Avignon, cette version de la pièce avec laquelle Pirandello a connu son premier succès auprès du public est bien construite, et heureusement adaptée à 2012. Ces dernières années, le drame pirandellien est souvent représenté de manière ennuyeuse. La faute ne vient pas du maître italien ni (forcément) de ses metteurs en scène modernes, mais du texte original. Souvent daté, poussiéreux, il ne correspond plus à notre époque, notre réalité.

Et pourtant, la question de la réalité est au cœur même de cette pièce écrite en 1921. Réécrite par Stéphane Braunschweig, elle ne prend pas un nouveau sens « actuel », mais retrouve tout simplement son intérêt universel, avec son lot de questions à la fois drôles et captivantes. La pièce est d’ailleurs présentée comme « d’après » Pirandello. Une nuance qui s’avère bienvenue.

Nous, spectateurs, assistons en catimini à la réunion d’une troupe en train de s’ennuyer pendant une séance de travail à table avec son metteur en scène (Claude Duparfait, brillant acteur !). Les comédiens sont perdus et entraînent leur directeur dans un questionnement sur le théâtre et l’intérêt du texte s’il n’est pas habité par l’acteur. Arrivent alors dans la pièce les six personnages. Visiblement, le drame les habite, mais l’auteur qui les a imaginés ne l’a jamais écrit. Ils ressentent le besoin impérieux qu’un écrivain s’en charge tout de même.

Le metteur en scène de la troupe n’accepte pas immédiatement la demande qui lui est soumise par cette étrange famille, mais à force de réflexion il s’engage à retranscrire l’horreur qui les hante, à condition que ce soit avec ses acteurs. Il est vrai que le théâtre se doit d’être une imitation et non pas la retranscription de la réalité… La scénographie qui accompagne la création est un beau clin d’œil en ce sens…

Quand les personnages commencent à jouer c’est très confus, conformément à la structure originale, ils veulent raconter leur histoire mais n’y arrivent pas par eux-mêmes. On ne comprend la toile du drame qu’à partir du moment où ils commencent à être guidés. Cette partie de la pièce est difficile à suivre, ce qui est logique puisque nous ne sommes pas censés être là (c’est une répétition). On accroche un peu plus quand, comme dans les contes pour enfants, on comprend que le personnage de théâtre est dans le même cas que le héros mythologique : tous deux ont besoin que nous croyions en eux pour exister.

Sauf que là, c’est un peu l’histoire du Dr. Frankenstein à l’envers : la créature (ici, la famille) a échappé au maître (le metteur en scène) avant même d’avoir été créée. Peu à peu, ce dernier dompte la réalité qu’expose la famille pour en sculpter un vrai drame théâtral.

Finalement, Braunschweig fait de ces « Six personnages en quête d’auteur » une intéressante pièce manifeste, en utilisant le corps de celle-ci pour pauser un certain nombre de questions sur le théâtre d’aujourd’hui. Quel est l’intérêt d’un texte figé ? Qu’en est-il de la possibilité de l’écriture collective ? Quelle part de l’inconscient de l’acteur joue dans une incarnation ? Jusqu’à quel point un acteur doit-il s’approprier le personnage ? Ici le comédien peut créer un fossé avec la personne qu’il interprète. Lui finit sa journée et sort du personnage, mais le personnage de son côté reste prisonnier de son drame comme Tantale de son supplice, condamné à le revivre chaque soir sur scène. N’est-ce pas là que réside l’horreur même ? 

Pratique : Jusqu’au 7 octobre dans le Grand Théâtre de La Colline – Théâtre National.
Réservations au 01 44 62 52 52 ou sur www.colline.fr / Tarifs : entre 14 et 29 €.

Durée : 1 h 55

Texte (d’après Pirandello) et mise en scène : Stéphane Braunschweig

Avec : Elsa Bouchain, Christophe Brault, Caroline Chaniolleau, Claude Duparfait, Philippe Girard, Anthony Jeanne, Maud Le Grévellec, Anne-Laure Tondu, Manuel Vallade et Emmanuel Vérité

Tournée :

  • Du 10 au 20 octobre 2012 au Théâtre National de Bretagne (TNB), Rennes
  • Du 24 au 26 octobre 2012 à La Filature, Scène nationale, Mulhouse
  • Les 8 et 9 novembre 2012 au Théâtre de L’Archipel, Scène nationale, Perpignan
  • Du 14 au 16 novembre 2012 au Théâtre de la Cité, Théâtre national de Toulouse-Midi-Pyrénées (TNT)
  • Du 22 au 24 novembre 2012 à la Scène nationale de Sénart, Combs-la-Ville
  • Les 28 et 29 novembre 2012 à La Passerelle, Scène nationale, Saint-Brieuc
  • Du 5 au 7 décembre 2012 au Centre dramatique national Orléans/Loiret/Centre
  • Les 12 et 13 décembre 2012 à la Comédie de Valence, Centre dramatique national
  • Les 20 et 21 décembre 2012 au Centre dramatique national de Besançon et de Franche-Comté
  • Les 10 et 11 janvier 2013 au Théâtre Lorient, Centre dramatique national de Bretagne (CDDB)
  • Du 16 au 18 janvier 2013 au Théâtre de Caen

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Hadrien VolleAuteur : Hadrien Volle (194 Posts)

Un peu, beaucoup, passionnément théâtre. Observateur de la vie, des comédiens et des oiseaux. Les feuilles mortes sont ses amies. N'aime ni ne déteste rien de ce qu'il n'a pas vu ou étudié. L'esprit d'un Saint-Thomas moderne en somme. Bonjour.

 

1 Commentaire

  • Tout ne s’explique pas, la respiration serait elle dans l’espace du mystère de la création collective, interactive, vivante?

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