Focus, Théâtre — 6 avril 2018 17 h 28 min

[Théâtre] Lorsque « La Magie lente » opère

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Benoit Giros dans « La Magie lente »

 

Petite salle pour grand spectacle. Le théâtre de Belleville accueille La Magie lente, toute dernière œuvre de Denis Lachaud mise en scène par Pierre Notte. Récit à triple fond d’un mauvais diagnostic psychanalytique où Benoit Giros joue un certain Louvier. C’est l’histoire d’un monsieur qui a vécu dix ans se croyant schizophrène, avant de passer par la case bipolaire. Et c’est Éric Schoenzetter qui se charge de mettre en lumière le parcours psychique d’un homme qui finalement traverse un coming-out douloureux.

C’est sans détours que le comédien nous invite à prendre place devant, comme pour nous rassurer que ce spectacle n’est pas de ceux au cours desquels ça crie. Alors on peut commencer : «Mesdames, Messieurs, bonsoir. Madame la ministre, Monsieur le Doyen», nous voilà donc plongés dans l’assistance d’un colloque. Si l’entrée en matière peut sembler un peu froide, la référence aux chœurs d’un théâtre classique situe d’emblée l’intrigue. Au fur et à mesure que le comédien travaille l’accès au personnage s’accomplit sans encombre. Benoit Giros excelle dans l’art de passer les paliers d’un répertoire subtil. Avec autant de puissance que de délicatesse Louvier livre son être. Il ouvre des fenêtres, franchis des pas, recule, claquant à l’occasion la porte de son psy. C’est un rythme impeccable qui permet allées et venues à travers plusieurs rôles. On entre dans l’intime de la psychanalyse, processus sur le fil, lorsque résonne notamment le sinistre et brutal « on va s’arrêter là ».

Le mal-être d’un homme : c’est bien cela le sujet de cette pièce qui aborde aussi (et peut-être surtout) l’homosexualité. Monsieur Louvier parle de lui-même sans filtre, protégé certainement par le statut de sa cure qui permet au sujet de se révéler, à lui et à la salle. Difficile de ne pas se demander si la biographie de l’auteur n’y est pas pour quelque chose tant l’ensemble paraît vrai ou inspiré du vrai. La crudité des mots, de la situation est en accès direct et ce grâce à une lumière éloquente et adroite. L’assombrissement scandé de manière progressive entretien un voyage dans les différentes strates ou états de conscience. Cela va jusqu’au délire car il entend des voix, celles qui ont fait croire à son premier médecin qu’il était schizophrène. 

Car ce conciliabule auquel on est convié porte aussi le sujet du mauvais diagnostic. Une erreur médicale pas tout à fait comme les autres, qui peut dans certains cas faire autant de dégât qu’un cancer du cerveau passé inaperçu. La belle contradiction de cette œuvre c’est aussi d’être titrée « magie » sans artifice superflu : ni vidéo, ni micro. Une courte bande son s’installe quelque instants pour glacer un silence et devenir un crève-cœur. La gravité du parcours n’épargne pas le public d’une puissante empathie. C’est une longue maïeutique à laquelle on assiste, sous pression, sous tension, ravivé par endroits de jolis brins de malice.

 

« La Magie lente » de Denis Lachaud avec Benoit Giros
Mise en scène : Pierre Notte
Lumières : Éric Schoenzetter

Durée 1h10
Plus d’informations sur : http://www.theatredebelleville.com/programmation/la-magie-lente 

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Auteur : Philippine Renon (9 Posts)

 

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