Focus, Musique — 12 avril 2011 8 h 08 min

Cheval Blanc : « Ma ville est une journée à la terrasse du rêve »

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Rencontrer un vrai poète. Ouais, un vrai! Ca vous est déjà arrivé? Moi, si. C’était aux premiers jours du printemps, dans une rue bruyante de Bastille. Le poète a un nom d’animal merveilleux. C’est Cheval Blanc, les amis.
Auteur- interprète de deux EP, Révélations et Révolutions, sortis en automne dernier. Deux bijoux taillés dans une même pierre. Deux oeuvres transverses se baladant entre musique et grande littérature. Le verbe est érudit. L’âme élevée. Celle de ceux qui entrent en poésie comme en religion. Instinctivement, on sait bien qu’il nous manquera toujours les clés pour « comprendre ». Mais baste, ressentons!

Entretien.


Bonjour Cheval Blanc. Pour commencer, pourquoi Cheval Blanc? Ca vient d’où?


Pour être exact, ça vient de mon premier blog, Antipunk Cheval Blanc. Et c’est devenu un pseudo, de blogueur, par la force des choses. Gonzaï a parlé de moi assez vite. Ca s’est imprimé.
Mais il y a quand même un sens.
C’est d’abord l’idée du mythe, des mythes.
Le cheval blanc est un animal qu’on retrouve dans énormément de mythes. Il est vraiment universel.
Souvent pour de bonnes raisons, souvent à la fin du monde. Dans les mythes hindous, dans l’apocalypse de Saint Jean. Ce qui m’intéressait, c’était ce symbole universel.


Un symbole, oui, mais de quoi?


C’était aussi un peu flou.
Je commençais à écrire à l’époque. J’avais une poésie aux accents prophétiques. Et c’était lié à Antipunk aussi. Je suis quelqu’un qui vient du punk. Je pensais qu’une rupture était nécessaire dans le punk et ce revival qu’on nous fait avaler à grands coups de marketing. Et qui est antinomique à l’esprit du punk. Le nom entier, ce serait Antipunk Cheval Blanc, en fait.
La collusion de quelque chose de complètement contemporain. Une sorte de mythe moderne, universel et millénaire.


Tra(ns)verses



On l’a vu, tu tiens un blog, sur lequel tu écris beaucoup. Pour autant, te définis-tu d’abord en tant qu’écrivain ou musicien?


Non, je suis musicien.
Maintenant, j’ai tendance à devenir les deux. Je n’écris pas depuis longtemps, en fait. J’ai commencé à écrire avec le blog. C’est le blog qui m’a donné la discipline. Je tente différentes expériences. Je me considère encore comme un poète débutant. Même si ça prend une part importante dans ma vie. Je passe plus de temps à lire de la poésie ou des écrits philosophiques qu’à écouter du rock. Mais je suis musicien depuis l’âge de 17 ans. Je suis d’abord musicien.


Et pourquoi avoir fait ce choix d’un blog? Mettre tes écrits en ligne? C’est une démarche à la fois très personnelle mais aussi terriblement impudique.


Complètement. C’est très paradoxal. Je suis dans la poésie. Je dirais que c’est un journal « extime ». C’est hyper narcissique et très étrange.
Je vais vous dire. Avant de commencer ce blog, j’avais des velléités d’écriture mais je n’y arrivais pas. De temps en temps, j’écrivais quelque chose. Mais j’étais bloqué. Complètement bloqué.
C’est un psychiatre qui m’a conseillé de ritualiser mon écriture.
Le blog est arrivé à ce moment-là. Etant musicien, je me suis dit, j’ouvre un blog autant pour moi que pour parler de ma musique. Et je me suis rendu compte que ce format m’offrait cet aspect de rituel, de travail mais aussi de thérapie. Tout en investissant la poésie.


Identité(s)



Et est-ce que tu vois le pseudo comme un masque?


L’identité est quelque chose qui pour des raisons personnelles, m’a troublé tout au long de ma vie.
Mon nom, je n’ai jamais pu le considérer comme un nom avec lequel j’aurais pu me présenter sur scène. J’ai un nom très complexe. Avec une histoire tout aussi complexe autour de ça. Donc, oui, le pseudo, c’est un masque.
En revanche, la question se pose encore. Si demain, je publie un recueil de poèmes, je ne sais pas comment je le signerai. Là, j’ai publié un poème dans une revue littéraire underground et j’ai signé Jérôme Suzat. Ou Jérôme-David Suzat. Je ne sais même plus. (Rires) Parce qu’à chaque fois, la question se pose.


C’est aussi l’idée, je crois que c’est Oscar Wilde qui disait ça, donnez un masque à cet homme et il se révélera.


Il y a peut-être de ça, oui. A l’époque, j’avais un projet, qui s’appelait Collage. J’avais un nom de groupe alors que j’étais tout seul. Il y a comme un masque, oui, qui part d’une envie de s’exprimer. De se montrer, de montrer son travail, avec ce paradoxe d’en être aussi traumatisé. C’est très ambivalent.


Là haut



En te lisant, en t’écoutant, la spiritualité transpire par toutes les pores de ton œuvre. Est-ce que tu dirais, toi, qu’elle tient une place importante dans ton œuvre artistique?


Oui, indubitablement. Déjà, Cheval Blanc, le mythe. Je m’intéresse à la spiritualité. Je lis pas mal de choses. La poésie mystique. Je me suis à un moment pas mal intéressé aux Evangiles apocryphes. Là, c’est le soufisme. Mais c’est aussi indissociable de la poésie, d’une certaine manière.
Mes saints, ce seraient les poètes, si vous voulez.
Hölderlin serait un saint. Mais je crois qu’il y a un aphorisme d’Hölderlin sur mon blog récemment qui dit exactement ça, qui relie la religion et la poésie. « « Ainsi toute religion serait, en son essence, poétique. » » Mais c’est aussi très intime. Ca transparaît dans mes écrits, certes. Ce sont aussi beaucoup de questions. Je n’ai pas d’affirmation.


Tes EP s’appellent Révélations. Révolutions. L’élévation?


C’est la traduction d’apocalypse, en fait. Une des traductions. L’apocalypse, c’est la révélation ou le dévoilement. Révolutions, c’est la révolution. Je les ai mis au pluriel parce que je ne crois pas à une apocalypse mais à plein de petites apocalypses. Comme je crois à tout plein de petites révolutions.
Mais c’est aussi un hommage à un grand poète français peu connu, Roger Gilbert-Lecomte, un des fondateurs du Grand Jeu. Il a écrit un texte assez important qui s’appelle « Révélation – Révolution ». C’était une sorte de clin d’oeil.


Logiquement, je ne devrais pas le dire. Il y a plein de clés que je ne devrais révéler. Qu’est ce que vous ne me faites pas dire! (Rires).


Cheval Blanc prépare un premier album, qui devrait sortir en fin d’année. Ainsi qu’un recueil. En attendant, jetez-vous sur ses EP de toute beauté, « Révélations » et « Révélations » chez Bruit Blanc.

http://www.myspace.com/22chevalblanc



à la mort du monde par jeromedavid

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Lila MeghraouaAuteur : Lila Meghraoua (19 Posts)

"Man is least himself when he talks in his own person. Give him a mask, and he will tell you the truth"

 

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