Ciné / TV, Focus, Musique — 26 janvier 2012 19 h 10 min

El Gusto, rien d’autre

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Drôle d’histoire que celle de cette jeune architecte qui, après avoir parcouru le monde, s’est dit qu’elle irait bien faire un tour du côté de là où tout avait commencé : son Algérie natale.

Comme on découvre une terre inconnue, la voilà déambulant dans les rues de la Casbah d’Alger pour finir dans une petite échoppe afin, comme tout bon touriste, d’acheter un miroir souvenir… Mais c’est une véritable machine à remonter le temps et inventer le futur que Safinez Bousbia met alors en marche.

Le vendeur, Mohamed El Ferkioui, ancien chef d’orchestre et accordéoniste, est intarissable sur cette Algérie bercée au son des joueurs de chaâbi – cette musique populaire née dans la casbah des années 1920, mélange de musiques andalouses, berbères et religieuses.

Ils étaient nombreux à avoir fréquenté les bancs du conservatoire pour suivre les cours du maître du genre : El Anka, multi-instrumentiste de génie. Nombreux à s’être perdus de vue, aidés par l’histoire et le temps. La révolution algérienne réduit l’humeur musicale et, en chassant juifs et pieds noirs, enlève une partie de son âme au chaâbi.
Les années noires sont définitives pour certains:  » on ne pouvait pas chanter alors que d’autres pleuraient ». Pourtant, l’amour de la musique est intact et la nostalgie n’a pas de frontière.
Les vieilles branches d’ici et d’ailleurs en rêvaient en secret. La jeune ingénue  s’adonne à la folie : rassembler tous les premiers élèves d’El Anka pour faire renaître le chaâbi d’autrefois sous la direction du pianiste et fils du grand maître.

Neuf ans après la rencontre et après deux années pour retrouver, convaincre et tourner en Algérie (!), l’orchestre El Gusto, « le goût » en espagnol, le « kif », dont l’âge ne se calcule pas, est né.

C’est à travers un documentaire drôle et émouvant, frappant de simplicité, que l’on découvre ces amoureux passionnés et fidèles jusqu’à la fin, où plutôt jusqu’au recommencement !

El Gusto actuellement dans les bonnes salles de cinéma et prochainement en tournée.
(Lien vers les séances pour aller voir El Gusto!)

 

Studio : Quidam Productions (Irlande)

Ecrit et Réalisé par : Safinez Bousbia

Produit par : Safinez Bousbia, Heidi Egger, Philippe Maynial

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Manon El HadouchiAuteur : Manon El Hadouchi (7 Posts)

Aime: les décalés, les périphériques, les étrangers, les dérangés, les gens perchés Aime pas: les citations pompeuses, les derrières trop lisses, les copies conformes, et les bouts du nez. Pour le reste, j'ai pas d'avis.

 

1 Commentaire

  • l’ancêtre du chaâbi s’appelle medh (chant panégyrique du prophète mahomet). C’est un genre musical des arabes de la Casbah.
    A l’origine le medh se pratiquait seulement avec les instruments à percussions et les instruments à vent.
    Dans les années 1920 le meddah (interprète du medh ) : Kouider BENSMAÏN a été le premier à introduire les instruments à cordes dans les orchestres du medh à l’image des orchestres du Aroubi ( un genre musical populaire algérois bien élaboré et qui utilisent pour ces compositions les modes de la musique arabo-andalous de lécole d’alger).
    Cette période a vue l’introduction des textes profanes dans le medh.
    El anka n’a rien inventé. C’était un styliste qui a eu la chance d’être enregistré dès 1928 contrairement aux pionniers du chaabi qui n’ont pas laissé de disques hormis le meddah Malek said qui a enregistré quatre chansons profanes en 1924, c’est pour cela que les gens se réfèrent toujours à El Anka quand il s’agit de chaabi.
    En 1946, el medh a pris le dénomination « populaire » (en français) mais ce n’est qu’en 1964 ( après l’indépendance de l’algérie) qu’il a pris le nom officiel de  » chaabi  » et ce dans toutes les langues.

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