Focus, Théâtre — 26 septembre 2012 11 h 30 min

Doris Darling – Bitch volée

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Con-vaincu ! (Merci pour l’inspiration …)
Le spectateur est convaincu par deux heures de spectacle saisissantes, prenantes, entraînantes sur ces cons vaincus dans leurs désirs de gloire, de gains et de notoriété.

Car l’histoire que nous propose Ben ELTON est tout à fait actuelle.
Elle dépeint les tribulations d’une journaliste à scandale (donc à succès) et ses difficiles rencontres et relations dans le milieu du « showbiz ». Producteur prometteur, gigolo rigolo mais idiot, assistante assistée, comptable affable mais guère jovial. Voici dressé le plan de table de cette véritable Cène, avec dans le rôle du Messie une Doris Wallis affublée de tenues extravagantes et d’un caractère démoniaque, comme en témoigne la magnifique affiche de la pièce.

L’histoire s’enchaîne sans accroc, avec ses rebondissements, inattendus mais pas excessifs, avec ses intermèdes, souvent surprenants.
Ces mêmes intermèdes qui confèrent à la représentation le titre de véritable spectacle vivant, bien plus que de banale pièce de théâtre. Musique, vidéo et danse sont parfaitement choisies et maîtrisées pour garantir une cohérence d’ensemble et un véritable plaisir pour le spectateur. Une délectation. Le plaisir du spectateur décuple devant le foisonnement de bons mots, les zygomatiques paniquent devant tant de facéties, les gorges se déploient pour laisser libre court aux fous rires incontrôlables.

La mise en scène est juste, le décor magistral et parfaitement et complètement utilisé par les acteurs. Pas de superflu. Même ce gigantesque escalier central en forme d’escarpin (non vous ne rêvez pas, un escalier en forme de chaussure à talon aiguille!) est parfaitement à sa place, et apporte une réelle touche d’originalité et d’authenticité au spectacle.

Tout cela est bien sûr porté par les 5 acteurs de la pièce. Une Marianne Sergent qui n’est pas sans rappeler Josiane Balasko dans ses heures des Bronzés, tant par la richesse de son vocabulaire que par cette sympathie naturelle qu’elle inspire aux personnes qui l’entourent. Avec dans le rôle de Thérèse (du Père Noël est une ordure), si l’on veut poursuivre la comparaison, Amélie Etasse, qui nous démontre tout son talent d’actrice dans cette pièce (comprenne qui pourra). Yannick Laurent, Eric Prat et Thierry Lopez complètent ce quinté de choc.

Le thème, tout à fait contemporain pour cette pièce créée en 1991, n’a rien perdu de sa causticité. La starisation à outrance, les excès du « showbiz », les nouvelles guerres « de Cent Ans » entre journalistes et vedettes, princesses ou autres personnalités plus ou moins éphémères. Tout y passe. Portrait d’une société en mutation, en quête de valeurs, d’identité et de modèles, Doris Darling met le doigt là où ça fait mal, et n’hésite pas à s’y attarder, et à le tourner et retourner dans la plaie.

Même si le message final, qui pourrait s’apparenter à une formule telle que « Tout est mal, qui finit bien », semble quelque peu bisounoursien, tout est excusé tant le chemin qui y mène est bien construit. Pas un spectateur n’abandonne sur la route. Tous avancent tête baissée, s’en remettant aveuglément aux comédiens et à la mise en scène. A raison.

Et quand le spectacle s’achève, on ose à peine s’avouer que les frasques de Doris n’auront été que trop courtes. Car le reconnaître  ne serait-ce pas admettre que l’on cautionne malgré tout ce modèle ?

 

 

Traduction, adaptation et mise en scène : Marianne Groves
«Silly cow», une comédie de Ben Elton

Actuellement au Théâtre du Petit Saint-Martin
17 rue René Boulanger, 75010 Paris
Du mardi au vendredi à 21h
Le samedi à 16h30 et 21h
Le dimanche à 16h
Durée : 1h45 sans entracte

avec Marianne Sergent, Amélie Etasse, Yannick Laurent, Eric Prat, Thierry Lopez.
Scénographie : Gilles Touyard
Lumières : Orazio Trotta
Vidéo : groupe Razmar
Conception sonore : Madame Miniature
Stylisme : Blandine Vincent
Maquillages : Guillaume Bellu
Coiffures et perruques : Jérôme Caron
Chorégraphies : Esther Linley
Coordination physique : U-Men Stunt

 

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