Expos, Focus — 26 février 2013 9 h 00 min

Qui a vu Liu Bolin verra ce que vivent les artistes chinois…

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Dans ses photographies, Liu Bolin se fond dans le décor. Pour reprendre les termes de Pascale Nivelle du journal Libération, il « proteste de façon invisible comme d’autres le font en silence ». Et c’est paradoxalement depuis qu’il orchestre sa disparition dans le paysage qu’il est scruté à la loupe par les amateurs d’art du monde entier. Se cacher pour être vu, en trois leçons :

1. Choisir des lieux hautement stratégiques

En 2005, alors qu’il était tranquillement installé dans le quartier des artistes Suo Jia Cun, à Pékin, Liu Bolin assiste impuissant à la démolition de son atelier par le gouvernement chinois (pour réorganiser la ville à l’approche des Jeux Olympiques). En découle sa première photographie: une mise en scène devant son atelier en ruine. Liu Bolin dénonce pour la première fois une société de consommation qui absorbe l’homme et le digère sans ménagement.

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Vous ne voyez rien sur la photo ? Normal. Un dissident bien caché ne se voit ni ne s’entend.

Dans la série de photos suivante, intitulée « Hiding in the city », Liu Bolin s’est perdu dans les villes, les vallées chinoises et les rues new-yorkaises pour montrer par l’absence qui il était. Reconnaissons-le, c’est dans cette vaste mise en scène qu’on trouve ses plus beaux clichés.

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2. S’approprier quelques symboles

Liu Bolin s’inspire beaucoup de cette Chine communiste dans laquelle il vit pour réaliser ses portraits : écriteaux, slogans, couleurs du parti, haut lieux de l’autorité chinoise … Il mitraille les décors dans lesquels il a grandi après s’être patiemment fait recouvrir le corps de peinture. Mais c’est aussi dans notre société de consommation à tous qu’ils puisent son inspiration : rayons de supermarché, kiosques à journaux, panneaux publicitaires sont l’occasion de superbes photographies.

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3. Passer quelques bons partenariats

Qui peut le plus, peut le moins. Et vice versa. Fort de sa célébrité amplement méritée, Liu Bolin est aujourd’hui sollicité par quelques grands noms de la mode et de l’art. Le non-moins connu photographe JR s’est offert un portrait-peinture franco-chinois avec lui. Mais c’est avec des grands créateurs (Jean-Paul Gaultier, Missoni, Lanvin) qu’il fait le mieux (ou le moins) entendre sa voix:

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Quelle que soit l’intention, le rendu est sublime. Ce où-est-Charlie chinois a le mérite de nous faire réfléchir sur la place de l’artiste dans nos sociétés et son rôle, surtout s’il est malmené. Rendons-nous à l’évidence, en France, on adore les dissidents-des-autres, et ce n’est pas la galerie Paris-Beijing qui nous contredira.

 

Galerie Paris- Beijing
54 Rue du Vertbois, 75003 Paris
Fermé le dimanche

 

 

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Auteur : Amandine Talagrand (57 Posts)

On avait soif tout le temps. Une expo de peinture, des graffitis frais, un nouvel album, l’inauguration d’un atelier. On avalait notre salive jusqu’à la réouverture d’un musée. Une nouvelle vague d’invaders, une publication attendue, un bruit qui court et on voulait être parmi les premiers sur les lieux, goûter à tout avant tout le monde. Adorer, détester, encenser, reconnaître. On voulait atteindre cette source sortie de terre, se désaltérer enfin, on prenait un métro, un stylo, un papier et le lendemain, on crevait de soif à nouveau.

 

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