Ciné / TV, Focus — 25 mars 2014 9 h 00 min

IDA. Celle qui croyait au ciel, celle qui n’y croyait pas.

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Dans la Pologne des années soixante, Anna, une jeune orpheline élevée dans un couvent s’apprête à prononcer ses vœux. A la demande de sa mère supérieure, elle quitte quelques jours son austère couvent pour rencontrer sa tante, dernier « vestige » d’une famille juive décimée pendant la Seconde Guerre mondiale. En réalité, Anna s’appelle Ida Lebenstein et ce patronyme n’est que la première d’une longue liste de surprises. Sa tante, ancienne procureure stalinienne consomme les hommes et les bouteilles de vodka plus vite que sa nièce n’égraine son chapelet. Ensemble, elles vont se rendre dans le village où vivaient les parents d’Ida pour tenter de comprendre ce qui leur est arrivé. Mais ce que découvre Ida sur les routes de campagne polonaises, c’est moins l’histoire de sa famille que la vie hors du couvent …

Ida soeursBeau et minimaliste, le dernier film de Pawel Pawlikowski (mais le premier réalisé depuis son retour en Pologne) tourne autour de trois personnages. Celle qui croyait au ciel, Ida ( Agata Trzebuchowska), est une nonne juive belle et silencieuse qui n’a connu que les murs gris de son couvent. Les prières, les tâches répétitives et les repas silencieux en réfectoire ne semblent pas la déranger. Extraite contre son gré de ce cocon, elle découvre la violence de son histoire familiale et les charmes d’un jeune musicien. Mutique et lumineuse, elle dégage une étrange présence. Celle qui n’y croyait pas (au ciel), sa tante Wanda (Agata Kulesza) est une « juge rouge », de ceux et celles qui envoyaient à la potence « les ennemis du peuple » pendant les années staliniennes de la Pologne. Dure et meurtrie, elle incarne l’ordre et le désordre de ce pays d’après-guerre tout en grisaille. En enchaînant les clopes, les hommes bedonnants et les verres de vodka, elle cherche maladroitement à se soustraire à une vie de souffrance. Comme sa nièce pourtant, elle ne semble pas faite pour vivre une vie « ordinaire ». Quant à Lis ( Dawid Ogrodnik), le jeune musicien de jazz, il incarne à lui seul tout l’avenir de son pays. Seul autre personnage récurent du film, il offre aux deux femmes une alternative et donne à voir une autre Pologne, plus légère, nécessaire, sans passé et sans attache.ida 2

Tourné en noir et blanc, ce road movie surprend par sa beauté et son minimalisme. Chaque plan, chaque image est d’une rare perfection. Lukasz Zal, le directeur de la photographie du film s’essayait pourtant au cinéma pour la première fois. Une réussite. Gage de grâce, le noir et blanc semble s’imposer comme la promesse d’une histoire intemporelle. Finalement, l’image est comme l’intrigue, sans superflu et donc sans ennui. Le film de Pawel Pawlikowski est réussi.

 

Un rebelle est un rebelle
Deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l’aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas

Aragon, La rose et le réséda

 

 

Pratique : Ida, film polonais en salle le 12 février 2014 (1h19min)
Réalisé par Pawel Pawlikowski avec Agata Trzebuchowska, Agata Kulesza et Dawid Ogrodnik dans les rôles principaux.

 

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Auteur : Amandine Talagrand (57 Posts)

On avait soif tout le temps. Une expo de peinture, des graffitis frais, un nouvel album, l’inauguration d’un atelier. On avalait notre salive jusqu’à la réouverture d’un musée. Une nouvelle vague d’invaders, une publication attendue, un bruit qui court et on voulait être parmi les premiers sur les lieux, goûter à tout avant tout le monde. Adorer, détester, encenser, reconnaître. On voulait atteindre cette source sortie de terre, se désaltérer enfin, on prenait un métro, un stylo, un papier et le lendemain, on crevait de soif à nouveau.

 

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