Focus, Rencontres — 15 octobre 2012 8 h 00 min

Lee Jeffries, le photographe illusionniste

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Les mots de Bukowski sonnent juste pour expliquer la démarche artistique du photographe Lee Jeffries. Cet artiste originaire de Manchester a commencé par photographier des manifestations sportives avant de se tourner vers la photographie sociale. 

« Quand je sortirai, j’attendrai un moment et puis je reviendrai ici, je reviendrai et je regarderai de l’extérieur et je saurai exactement ce qui se passe de l’autre côté et là, devant ces murs, je vais me jurer de ne plus jamais me retrouver derrière. »  

 

La légende veut qu’il ait volé son premier portrait à une jeune SDF blottie dans son sac de couchage. Honteux d’avoir pris la fuite avant qu’elle ne s’indigne, il serait revenu sur ses pas pour lui parler et aurait changé par la même occasion sa perception de ceux qui devinrent ses modèles de prédilection : les sans-abris. Passer de l’autre côté et là, devant ces murs, jurer de ne plus jamais me retrouver derrière. Rendu célèbre par la chaîne de magasins Yellow Corner, qui vend des reproductions de ses photographies à des tarifs raisonnables, Lee Jeffries jure aujourd’hui qu’il n’oublie pas la dimension humaine de son travail: « J’ai fait un effort pour apprendre à connaître chacun des sujets avant de leur demander leur permission de faire leur portrait. » 

 

Finalement, ils sont des centaines à avoir été immortalisés par le maître. Il a fait des rides et de la crasse sa spécialité. Sur son compte Flickr, on peut les observer en série. Ils ont les ongles sales, le nez tordu, des barbes jaunies mais ils sont beaux. En grand illusionniste, Lee nous donne à voir les hommes des marges et en fait des princes. Avec son Canon EOS 5D, il parvient à mettre en lumière toute la noirceur des rues. Il laisse aux modèles leurs filets de bave, leurs sourires édentés et le droit de fumer et nous rappelle par la même occasion que le beau est partout où l’on veut bien le chercher.

 

 

Devant son objectif, les vieilles femmes se changent en madones et les soûlards ressemblent à de beaux marins. Mais la véritable métamorphose, c’est en chacun de nous qu’elle s’effectue. Le tour de magie, c’est le message que l’œil envoie au cerveau, demandant de faire fi de tout préjugé pour ne plus voir que l’éclat des êtres vivants qui nous entourent. La perfection des marges, la splendeur là où personne ne l’attend. C’est là tout le génie du photographe qui bouscule notre perception du réel et nous fait passer de l’autre côté du mur.

 

 

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Auteur : Amandine Talagrand (57 Posts)

On avait soif tout le temps. Une expo de peinture, des graffitis frais, un nouvel album, l’inauguration d’un atelier. On avalait notre salive jusqu’à la réouverture d’un musée. Une nouvelle vague d’invaders, une publication attendue, un bruit qui court et on voulait être parmi les premiers sur les lieux, goûter à tout avant tout le monde. Adorer, détester, encenser, reconnaître. On voulait atteindre cette source sortie de terre, se désaltérer enfin, on prenait un métro, un stylo, un papier et le lendemain, on crevait de soif à nouveau.

 

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